Que faire à Monopoli
À un quart d'heure de la masseria, un port de pêche encore actif, un château du XVIe siècle et une vieille ville deux fois plus étendue que celle de Polignano. Voici ce qu'on y voit, et comment s'y repérer.

Pourquoi Monopoli
Si Polignano a Mare se regarde depuis ses falaises, Monopoli se vit depuis son port. La différence tient en une image : là où l'une suspend ses maisons au-dessus du vide, l'autre les pose au bord d'un bassin où les barques rentrent encore chaque matin. Ce n'est pas une ville-balcon, c'est une ville-quai.
L'origine du nom reste discutée. L'hypothèse la plus citée y voit le grec ancien désignant une « ville unique » — un port sans rival entre deux autres cités antiques de la côte. Une autre hypothèse évoque plutôt la « cité de Minos ». Ce qui est établi archéologiquement, en revanche, c'est qu'un établissement existait ici dès le Vᵉ siècle avant notre ère, sous domination messapique, bien avant que Rome ne lui donne son nom latin.
Le vrai basculement se joue à la Renaissance. Venise tient la ville de 1484 à 1530, y laisse un siège resté dans les mémoires locales, puis l'Espagne prend le relais : les remparts s'étendent, le château se renforce sous Charles Quint pour tenir tête aux raids ottomans et barbaresques. C'est cette architecture défensive, très lisible encore aujourd'hui autour du port, qui donne à Monopoli son caractère — une ville qui a longtemps dû se protéger de la mer autant que vivre d'elle.
Le résultat, pour qui vient de Polignano, est un dépaysement complet à quinze minutes de route : un centre historique bien plus vaste, un vrai port de travail plutôt qu'une crique à admirer, et une campagne alentour qui a un jour été assez vaste pour contenir Alberobello et ses trulli.

Le port ancien et le château
Le porto antico est le centre de gravité de Monopoli. C'est un bassin resserré entre le vieux môle et les murs de la ville, où les gozzi — les barques de pêche traditionnelles, coque bleue et blanche — sont amarrées serrées les unes contre les autres. Le matin, l'activité de pêche y est réelle, pas reconstituée pour les visiteurs ; le soir, les mêmes quais se prêtent à la promenade, les lumières du port se reflétant dans l'eau calme.
Le château de Charles Quint domine l'entrée du port. Construit au XVIe siècle et renforcé en 1552 sous le règne de l'empereur, il faisait partie d'un système de fortifications côtières bâti pour répondre aux raids ottomans et à la piraterie barbaresque, une menace prise très au sérieux sur cette côte pendant deux siècles. Aujourd'hui, le château accueille des expositions temporaires et des événements culturels, et ses terrasses offrent l'un des meilleurs points de vue sur le port et la vieille ville.
Ce n'est pas un hasard si Monopoli a résisté au siège vénitien de 1495 : la ville était déjà, à cette date, l'une des places fortes les mieux défendues de la côte adriatique méridionale. Les habitants finiront par racheter leur liberté aux Vénitiens, en 1530, pour la somme considérable de 51 000 ducats d'or — un épisode que l'histoire locale n'a pas oublié.
Autour du bassin, les murs d'enceinte du XVIe siècle sont encore largement debout — c'est d'ailleurs contre eux que se love Cala Porta Vecchia, la première crique au sud du centre. Peu de villes des Pouilles gardent une continuité aussi nette entre leurs fortifications, leur port et leur littoral.

La cathédrale et la vieille ville
Le centre historique de Monopoli est sensiblement plus étendu que celui de Polignano, et se parcourt sans itinéraire imposé : ruelles blanches, arcs en pierre d'une façade à l'autre, petites places qui s'ouvrent sans prévenir.
Son cœur est la Concattedrale Maria Santissima della Madia. Une première église dédiée à saint Mercure existait avant 1107 ; l'évêque Romualdo entreprit sa reconstruction, achevée vers 1117. Le bâtiment actuel, de style baroque, date d'une nouvelle campagne de travaux entamée en 1742, la structure précédente s'étant trop dégradée. À l'intérieur est conservée l'icône de la Madonna della Madia, que la tradition dit arrivée par la mer sur un radeau de bois — un épisode fondateur, célébré chaque année d'une procession.
À deux pas, le Palazzo Martinelli mérite qu'on lève les yeux : sa loggia néoclassique du XVIIIe siècle, aux arcs blancs, doit son dessin à l'influence vénitienne encore perceptible dans l'architecture civile de la ville. Le territoire conserve aussi plusieurs églises rupestres, creusées à même la roche à la manière de celles qu'on trouve dans toute la Murgia — des lieux plus confidentiels, qui demandent un peu de curiosité pour être trouvés.

Les criques au sud du centre
Le littoral communal s'étend sur une quinzaine de kilomètres, presque entièrement au sud du centre historique, et il alterne les criques rocheuses et les plages de sable — une diversité que Polignano, tout en falaises, n'offre pas.
Cala Porta Vecchia est la première et la plus commode : sable et fond peu profond, adossée aux remparts du XVIe siècle, à quelques minutes à pied du port. C'est la plage des familles avec de jeunes enfants. Juste au sud, Cala Cozze est son opposé — une crique de rochers plats et de galets, plus tranquille, pour la nage et le masque.
Un peu plus loin, Porto Ghiacciolo doit son nom à une source d'eau douce qui rafraîchit sensiblement la mer à cet endroit — d'où l'appellation, littéralement « le sorbet ». Elle se love sous l'abbaye de Santo Stefano. Plus au sud encore, le secteur de Capitolo déroule de longues étendues de sable, entre plages libres et établissements équipés.
Plusieurs des plages de Monopoli sont régulièrement distinguées par le Pavillon bleu, le label européen de qualité des eaux de baignade — un repère utile si l'eau claire compte plus que le décor.
La logique générale, ici comme sur le reste de la côte, est simple : plus on s'éloigne du centre vers le sud, plus les criques se calment et plus les fonds se diversifient. Une matinée à Cala Porta Vecchia pour la commodité, une après-midi à Cala Cozze ou plus loin encore pour la tranquillité — le littoral communal, avec ses quinze kilomètres, laisse largement le choix.
L'abbaye de Santo Stefano
Posée en léger surplomb de la mer, au-dessus de la plage qui porte son nom, l'abbaye de Santo Stefano a été fondée au XIe siècle par des moines bénédictins. Sa position, comme celle du château du port, n'est pas un hasard : sur cette côte exposée aux raids venus de la mer, les communautés religieuses avaient elles aussi besoin de se défendre.
L'ensemble ne se visite pas comme un musée — c'est avant tout un repère dans le paysage, la silhouette qu'on aperçoit en arrivant à Porto Ghiacciolo, et un rappel que la campagne de Monopoli est aussi profondément marquée par son histoire religieuse que par son histoire militaire.
La campagne et les masserie
Le territoire de Monopoli s'étend sur 158 km² — l'un des plus vastes des Pouilles — et sa géographie raconte une histoire à elle seule. Le paysage passe de la plaine littorale aux premiers reliefs de la Murgia, un plateau calcaire qui culmine, sur la commune, à plus de 400 mètres.
Au Moyen Âge, ce territoire était plus vaste encore : il englobait les terres qui portent aujourd'hui les communes de Fasano, Locorotondo et Alberobello, avant que ces dernières ne s'en détachent. C'est dans cette même campagne, aux confins du territoire, que se trouve le site archéologique d'Egnazia, une cité antique messapique puis romaine, sur la même côte, à moins d'une demi-heure.
C'est aussi le pays des masserie fortifiées, des trulli aux toits coniques et des oliviers centenaires derrière des kilomètres de muretti a secco — les murets de pierre sèche qui découpent le paysage sans mortier ni ciment, un savoir-faire inscrit à l'UNESCO. La Masseria 1863 appartient à ce monde-là : une ferme fortifiée du XIXᵉ siècle, au milieu de ses oliviers, à équidistance de Monopoli et de Polignano.
Ce paysage se traverse en voiture, lentement : les routes de campagne serpentent entre les murets, croisent d'autres masserie encore habitées ou converties, et débouchent parfois sans prévenir sur un village de trulli. C'est une autre façon de découvrir la région — moins spectaculaire qu'une falaise ou qu'un port, mais c'est elle qui explique pourquoi tant de voyageurs choisissent de loger ici plutôt qu'en ville.

Où manger, et quoi
Comme pour Polignano, aucune adresse ici — les restaurants changent plus vite que les guides ne se mettent à jour. Les registres, en revanche, ne changent pas.
Le port a ses tables de poisson, souvent simples, où l'arrivage du matin dicte la carte. Le centre historique a ses trattorias de ruelle, pour la cuisine des Pouilles sans façon. Et il y a ce qui se mange debout, en marchant : le panzerotto frit, la focaccia épaisse à la tomate, la burrata — spécialité des Pouilles qu'on trouve sur tous les étals, même si sa ville d'origine, Andria, se trouve plus au nord, dans une autre province.
Depuis la campagne, faire son marché et cuisiner à la masseria reste souvent le meilleur choix : les légumes et les fruits suivent la saison de près, à quelques minutes de la maison.
Une journée type depuis la masseria
Monopoli se prête à un rythme différent de Polignano — plus étalé, moins concentré sur un seul point de vue.
Le matin, direction le port : c'est le moment où l'activité de pêche est la plus vivante, et où les ruelles du centre sont encore fraîches et calmes. Une heure ou deux suffisent pour voir le château, la cathédrale, et flâner sans but précis.
Autour de midi, cap sur une crique du sud — Cala Porta Vecchia pour la simplicité, Cala Cozze pour la tranquillité. L'après-midi s'y passe sans effort, avec la mer à disposition.
En fin de journée, retour à la masseria pour l'apéritif au bord de la piscine, avant de redescendre dîner en ville si l'envie est là : le port, éclairé, se prête très bien à une soirée.
Quand y aller
Le climat suit le même rythme que sur toute cette côte : hivers doux et pluvieux, étés longs, chauds et secs. Le printemps et le début de l'automne restent les saisons les plus agréables pour marcher dans le centre historique sans y suffoquer.
L'été, le port et les criques les plus proches du centre se remplissent largement — c'est le prix d'un territoire qui reste, malgré sa taille, une destination très fréquentée en juillet-août. Les criques plus au sud, vers Capitolo, absorbent mieux l'affluence.
Comme partout dans cette campagne, la voiture n'est pas une option : c'est elle qui relie la masseria au port, aux criques et aux villages voisins, toute l'année.
Questions fréquentes
- Combien de temps faut-il pour visiter Monopoli ?
- Une demi-journée permet de voir le port, le château et la cathédrale sans se presser. Comptez une journée pleine si vous y ajoutez une crique du sud l'après-midi. Le centre historique, plus vaste que celui de Polignano, se prête aussi à une flânerie sans itinéraire précis.
- Faut-il choisir Monopoli ou Polignano a Mare ?
- Les deux, si votre séjour le permet — elles sont à un quart d'heure l'une de l'autre. Polignano est spectaculaire et compacte, construite sur ses falaises ; Monopoli est plus vaste et plus vécue au quotidien, avec un vrai port de pêche et des criques de sable au sud. Loger dans la campagne entre les deux évite d'avoir à choisir.
- Le port de Monopoli se visite-t-il facilement ?
- Oui, il n'y a rien à réserver : le porto antico est un espace public, ouvert en permanence, qu'on longe à pied entre le château et les remparts. Le matin pour l'activité de pêche, la fin de journée pour l'ambiance et la lumière.
- Les plages de Monopoli sont-elles accessibles à pied depuis le centre ?
- Cala Porta Vecchia, la plus proche, se rejoint à pied depuis le port en quelques minutes. Les criques plus au sud, dont Porto Ghiacciolo et le secteur de Capitolo, demandent un véhicule.
- Peut-on se passer de voiture pour découvrir la région depuis Monopoli ?
- Dans le centre historique, non problème : tout se fait à pied. Pour le reste — les criques du sud, la campagne, les villages voisins comme Polignano ou les villages de la Murgia — une voiture est nécessaire, comme partout dans cette partie des Pouilles.
- Qu'est-ce que le château de Charles Quint accueille aujourd'hui ?
- Le château sert aujourd'hui de lieu d'exposition et d'événements culturels temporaires — sa programmation varie dans l'année. Ses terrasses restent accessibles pour la vue sur le port, qui à elle seule justifie la visite.
Séjourner à un quart d'heure de Monopoli
La Masseria 1863 est une maison de campagne pour huit personnes, avec sa piscine et son oliveraie, entre Polignano a Mare et Monopoli.