Que faire à Polignano a Mare
À dix minutes de la masseria, une vieille ville blanche posée en surplomb de l'Adriatique. Voici ce qu'on y voit, et comment en profiter sans subir la foule.

Pourquoi Polignano a Mare
Il y a, sur la côte adriatique des Pouilles, beaucoup de villages blancs et beaucoup de belles eaux. Polignano a Mare se distingue par une chose que les autres n'ont pas : elle n'est pas au bord de la mer, elle est au-dessus. La vieille ville est posée sur un plateau calcaire qui tombe droit dans l'eau, vingt à vingt-cinq mètres plus bas. Depuis les terrasses, on ne regarde pas l'horizon en contrebas d'une plage — on a le vide sous les pieds.
Cette falaise n'est pas décorative, elle explique tout le reste. Elle est percée d'environ quatre-vingts grottes, creusées par la mer dans une roche tendre, dont plusieurs s'ouvrent sous les maisons elles-mêmes. Elle est entaillée de « lame », ces anciens lits de rivière qui descendent du plateau vers la mer et forment, là où ils débouchent, les seules criques accessibles à pied. Et elle a fait la ville : le rocher était une défense naturelle, ce qui a fixé ici une citadelle grecque appelée Neapolis, devenue Polineanum sous Rome.
Le résultat est une ville qui se lit en trois plans superposés. En bas l'eau, très claire, dans des criques de galets qui n'ont rien de balnéaire. Au milieu la roche, ses grottes et ses arches. En haut les ruelles blanches, chaulées, où l'on tourne longtemps sans jamais perdre la mer de vue — elle réapparaît au bout de chaque passage, encadrée comme un tableau.
C'est cette verticalité qui a fait de Polignano ce qu'elle est aujourd'hui : une petite ville de dix-sept mille habitants qui reçoit, l'été, infiniment plus de monde qu'elle n'en compte. Cela vaut la peine d'être dit franchement, parce que cela change la façon dont on doit la visiter. Polignano n'est pas une ville qu'on découvre à quinze heures un jour d'août. C'est une ville qui se donne tôt le matin, tard le soir, et hors saison.
La vieille ville et Lama Monachile
On entre dans le centre historique par l'Arco Marchesale, que les Polignanais appellent la Porta Grande. Ce fut, jusqu'au XIXᵉ siècle, le seul accès à la ville fortifiée : tout ce qui entrait à Polignano passait sous cette arche. Elle donne aujourd'hui sur une place et un lacis de ruelles blanches où l'on marche sans plan, ce qui est la bonne façon de faire — le centre est petit, on ne s'y perd pas longtemps.
Au cœur du dédale se tient la Chiesa Matrice di Santa Maria Assunta, dédiée à la Vierge en 1295, qui abrite notamment une Nativité sculptée par Stefano di Putignano. Deux autres églises méritent le coup d'œil au passage, celle du Purgatoire et celle de Saint-Étienne. Et dans l'ancien abattoir municipal, un peu à l'écart, le Museo Pino Pascali expose l'art contemporain — un contrepoint inattendu, et un excellent refuge quand le soleil tape.
Mais ce qu'on vient chercher, ce sont les terrasses. Les ruelles débouchent régulièrement sur des balcons ouverts au-dessus du vide, dont le plus célèbre porte le nom de Domenico Modugno. De là, la ville se laisse voir de profil : les maisons blanches suspendues au bord du rocher, les grottes en dessous, l'eau turquoise dans la crique.
Cette crique, c'est Lama Monachile — également appelée Cala Porto. Le tourisme officiel italien la présente comme la plus célèbre plage de Polignano, et peut-être de toutes les Pouilles. Ce n'est pas une plage de sable : c'est un lit de galets ronds, coincé entre deux parois, à l'endroit où une ancienne rivière rejoignait la mer. Son nom viendrait du phoque moine, qui fréquentait ces côtes jusqu'au Moyen Âge et en a depuis disparu.
Au-dessus d'elle passe un pont de pierre du XIXᵉ siècle, bâti sous les Bourbons et restauré en 1997, sur lequel tout le monde s'arrête. Et au-dessus encore, le tracé de la via Traiana, la route que l'empereur Trajan fit ouvrir au IIᵉ siècle pour relier Bénévent à Brindisi. On a donc, en un seul regard, deux mille ans de passages superposés au-dessus de la même entaille dans la roche.

Les grottes marines
La falaise de Polignano est creuse. Le littoral compte environ quatre-vingts grottes naturelles, ouvertes au ras de l'eau ou juste au-dessus, et c'est probablement ce que la ville a de plus singulier à montrer. Certaines portent des noms qu'on retient : la Grotta delle Rondinelle, la Grotta Ardito, la Grotta dell'Arcivescovado, la Grotta delle Monache.
La plus connue est la Grotta Palazzese, une cavité semi-circulaire d'une trentaine de mètres de diamètre, ouverte sur la mer sous les maisons du centre. Elle abrite aujourd'hui un restaurant installé dans la roche — une adresse célèbre, qu'il faut réserver longtemps à l'avance si l'on y tient.
L'essentiel, pour un visiteur, tient en une phrase : la plupart de ces grottes n'ont pas d'accès terrestre. On les voit depuis la mer, et pas autrement. Le tourisme officiel italien recommande le bateau, le canoë ou le paddle ; les excursions partent du bord de mer et longent la falaise. C'est de loin la meilleure façon de comprendre la géographie du lieu — vue d'en bas, la ville n'a plus rien à voir avec ce qu'on en perçoit depuis les ruelles.
Un conseil de bon sens : la mer d'ici n'est calme que par beau temps, et les sorties se décident au jour le jour selon l'état de la houle. Si la visite des grottes compte pour vous, prévoyez-la en début de séjour plutôt qu'à la fin. Vous garderez des jours de rattrapage.

Les criques et les plages
Polignano n'a pas de longue plage. Elle a des criques, réparties de part et d'autre du centre, et c'est une différence de nature : on n'y étale pas une serviette au hasard, on choisit son endroit. Le littoral communal en compte une dizaine, du nord au sud — Cala Porto, Cala Paura, Porto Cavallo, Ponte dei Lapilli, San Giovanni, Porte Contessa, San Vito, Cala Fetente, Pozzo Vivo, Port'Alga et Torre Incina.
Les plus connues, dont Lama Monachile et Cala Paura, sont publiques et d'accès libre. C'est aussi ce qui les rend très fréquentées : elles sont à deux pas du centre, tout le monde y va, et l'été elles se remplissent tôt.
La recommandation du tourisme officiel italien est double, et elle est juste : arriver tôt le matin, ou remonter vers le nord, où les criques sont nettement moins peuplées. C'est le meilleur arbitrage que l'on puisse donner. Une crique du nord un jour d'août, à dix heures, est une expérience sans rapport avec Lama Monachile à la même heure.
Deux points d'honnêteté, pour éviter la déception. D'abord, ce sont des criques de galets et de roche, pas de sable fin : des chaussures d'eau changent réellement le confort, en particulier avec des enfants. Ensuite, l'ombre naturelle y est rare — la falaise en donne le matin d'un côté, le soir de l'autre, et rien au milieu de la journée.

Domenico Modugno, l'enfant du pays
On peut visiter Polignano sans rien savoir de Domenico Modugno. On comprendra mal, en revanche, pourquoi son nom est partout : sur le belvédère principal, sur les murs, dans les boutiques, et jusque dans la façon dont la ville parle d'elle-même.
Modugno est né ici. Il a écrit et chanté « Nel blu dipinto di blu », que le monde entier connaît sous le nom de « Volare » — une chanson dont le sujet est, littéralement, le fait de voler dans le bleu. Qu'elle soit née dans une ville bâtie au-dessus du vide, face à une mer bleue, n'a rien d'une coïncidence commode : c'est le paysage lui-même.
Une statue de bronze de trois mètres, œuvre du sculpteur Hermann Mejer, se dresse sur le front de mer, bras ouverts, tournée vers l'eau. C'est le point de rendez-vous le plus photographié de la ville après le pont. Allez-y au coucher du soleil : la lumière prend la statue de face et la mer derrière, et l'on comprend d'un coup ce que la chanson essayait de dire.
Le plongeon de falaise
Depuis 2009, Polignano accueille l'étape italienne du championnat mondial de plongeon de falaise. Les plongeurs s'élancent de plateformes dressées à vingt-et-un et vingt-sept mètres au-dessus de la mer, depuis le rocher même sur lequel la vieille ville est bâtie, et retombent dans l'eau entre les deux parois de la crique.
L'épreuve a fait beaucoup pour la notoriété de la ville, et elle a fini par en devenir un trait de caractère : Polignano est l'un des rares endroits au monde où un sport de ce type se dispute non pas dans un stade, mais dans le décor quotidien des habitants, entre les maisons et les terrasses.
Si vous êtes sur place pendant la compétition, sachez à quoi vous attendre : la ville est pleine, les points de vue sont pris d'assaut plusieurs heures à l'avance, et le centre est difficilement accessible en voiture. C'est un beau moment, mais ce n'est pas le bon week-end pour découvrir Polignano tranquillement. Les dates changent chaque année ; vérifiez-les auprès de l'organisateur avant de caler votre séjour dessus, dans un sens ou dans l'autre.
Où manger, et quoi
Nous ne donnerons pas de liste d'adresses. Les restaurants ouvrent, ferment et changent de mains ; une liste écrite aujourd'hui serait fausse dans deux ans, et vous seriez le dernier à l'apprendre. En revanche, les registres, eux, ne bougent pas — et savoir lesquels existent vaut mieux qu'un nom.
Il y a d'abord la table de falaise, celle des terrasses ouvertes sur le vide et des salles installées dans la roche, dont la Grotta Palazzese est l'exemple extrême. On y paie la vue autant que l'assiette, ce qui est un choix parfaitement légitime — à condition de le faire en connaissance de cause, et de réserver bien à l'avance.
Il y a ensuite la trattoria de ruelle, dans le centre historique, où l'on mange la cuisine des Pouilles sans mise en scène : orecchiette, légumes, poisson selon l'arrivage, huile d'olive locale. C'est là que le rapport entre ce qu'on paie et ce qu'on mange est le meilleur.
Il y a enfin ce qui se mange debout et qui fait une bonne partie du plaisir d'être ici : le café en granité, les glaces, et la focaccia — celle des Pouilles, épaisse, à la tomate et à l'origan, qu'on achète au poids et qu'on emporte. Une focaccia sur une terrasse au-dessus de la mer, en fin d'après-midi, est un déjeuner parfaitement défendable.
Un mot enfin sur la campagne, puisque c'est de là que nous écrivons. Autour de Polignano, les terres portent des oliviers, des figuiers et des amandiers, et les marchés des environs suivent les saisons de près. Faire ses courses au marché et dîner à la maison n'est pas une solution de repli quand on loge à la campagne : c'est souvent le meilleur repas de la semaine.

Une journée type depuis la masseria
Voici comment s'organise, concrètement, une journée qui part de la campagne et y revient. Elle vaut pour la belle saison, et elle est construite autour d'un principe simple : voir Polignano quand elle est vivable, et se replier sur la campagne quand elle ne l'est plus.
Le matin tôt, on descend vers la mer. C'est le moment où les criques sont calmes, où la lumière est encore rasante sur la falaise, et où l'on peut se garer sans y penser. Une baignade, un café pris debout, et la vieille ville presque pour soi : les ruelles sont fraîches, les commerces ouvrent, et les terrasses sont libres.
En fin de matinée, la ville se remplit. C'est le moment de la quitter, et l'heure idéale pour une sortie en bateau le long de la falaise si la mer le permet — on voit les grottes, et l'on est sur l'eau au moment où le centre devient dense.
L'après-midi, on rentre. C'est le vrai luxe d'un séjour à la campagne : pendant que Polignano est à son plus chargé, on est à l'ombre, dans la piscine, sous les oliviers, à faire la sieste que le climat réclame. Il n'y a rien à voir entre quatorze et dix-sept heures que l'on ne verra pas mieux plus tard.
En fin de journée, on redescend. La passeggiata du soir est le meilleur moment de la journée à Polignano : la lumière devient dorée sur la pierre blanche, la statue de Modugno prend le soleil de face, les terrasses au-dessus du vide se remplissent doucement, et la température redevient celle d'un pays civilisé. On dîne en ville, ou l'on remonte dîner dehors à la maison — et la campagne, la nuit, est parfaitement silencieuse.
Quand y aller
Le climat est méditerranéen : des hivers doux et pluvieux, des étés chauds, longs et ensoleillés. Cela donne une saison utilisable très large, bien plus large que celle où tout le monde vient.
Le printemps et le début de l'automne sont, sans hésitation, les meilleurs moments pour découvrir Polignano. La chaleur est supportable toute la journée, la campagne est verte, les criques sont accessibles sans arriver à l'aube, et la ville reste une ville plutôt qu'un décor. C'est aussi la période où la lumière est la plus belle sur la pierre blanche.
L'été fonctionne, mais il demande de la discipline horaire : tôt le matin et en fin de journée, la ville est superbe ; au milieu de la journée, elle est chaude et pleine. C'est précisément ce que la journée type ci-dessus organise. Ce n'est pas une contrainte pénible dès lors qu'on l'anticipe — c'est même le rythme local.
L'hiver, enfin, a ses partisans, et ils ont des arguments. La falaise sous un ciel de tempête, les ruelles vides, la mer grosse au fond de Lama Monachile : c'est une autre ville, plus austère et plus vraie. Il faut simplement accepter que beaucoup de choses tournent au ralenti, et que la baignade n'est plus le sujet.
Une chose ne change jamais, quelle que soit la saison : dans cette partie des Pouilles, la voiture n'est pas un confort mais une nécessité. Les criques, les villages voisins et la campagne ne se rejoignent pas autrement.
Questions fréquentes
- Combien de jours faut-il pour visiter Polignano a Mare ?
- Une demi-journée suffit à voir le centre historique, le pont et Lama Monachile. Comptez une journée pleine si vous ajoutez une sortie en bateau vers les grottes et un après-midi dans une crique. En faire une base de séjour est un autre calcul : on y revient alors plusieurs fois, à des heures différentes, et c'est de loin la meilleure façon de la connaître.
- Polignano a Mare est-elle bondée ?
- Oui, au milieu de la journée en haute saison. C'est une petite ville d'environ dix-sept mille habitants qui reçoit énormément de visiteurs, et l'espace y est limité par la falaise elle-même. Le remède est horaire, pas géographique : tôt le matin et en fin d'après-midi, la même ville est calme. Le tourisme officiel italien recommande d'arriver tôt à Lama Monachile, ou de remonter vers les criques du nord.
- Faut-il choisir Polignano a Mare ou Monopoli ?
- Ce sont deux villes voisines et complémentaires, distantes de quelques minutes de route. Polignano est spectaculaire : la falaise, les grottes, le vide sous les terrasses. Monopoli est plus étale et plus vivante au quotidien, avec un vrai port et un centre plus grand. Si vous logez dans la campagne entre les deux, la question ne se pose pas — vous ferez les deux dans la même semaine, et probablement plusieurs fois.
- Comment visite-t-on les grottes marines ?
- Par la mer. La plupart des quelque quatre-vingts grottes du littoral n'ont pas d'accès terrestre : on les découvre en bateau, en canoë ou en paddle, au départ du bord de mer. Les sorties dépendent de l'état de la mer, qui change vite ici — prévoyez-les en début de séjour pour garder des jours de rattrapage.
- Peut-on se passer de voiture à Polignano a Mare ?
- Dans le centre historique, oui : il est petit et se parcourt à pied. Pour tout le reste, non. Les criques s'égrènent le long du littoral, les villages voisins sont à quinze à quarante minutes, et la campagne — où se trouvent les plus belles maisons de la région — n'est desservie par aucun transport. Une voiture de location, prise à l'aéroport, est la règle et non l'exception.
- Où loger pour visiter Polignano a Mare ?
- Loger dans le centre met tout à portée de pied, au prix du bruit, de la difficulté à se garer et de la foule sous les fenêtres en saison. Loger dans la campagne alentour ajoute une dizaine de minutes de trajet et donne en échange le calme, l'espace et une piscine pour les heures où la ville est invivable. Pour un séjour d'une semaine ou plus, en famille ou entre amis, le second choix se défend nettement mieux.
Séjourner à dix minutes de Polignano
La Masseria 1863 est une maison de campagne pour huit personnes, avec sa piscine et son oliveraie, à dix minutes de la vieille ville.